STOP.

Petit caramel, l’heure est grave. En France, ce sont plus de 700 000 élèves qui subissent harcèlement et intimidation scolaire. En moyenne, il s’agirait d’un tiers des élèves qui seraient concernés (estimation, en vu du nombre de cas non déclarés officiellement). Un quart des adolescents concernés a même déclaré avoir déjà penser au suicide. Des noms, vous en avez vu passé. Certains plus médiatisés que d’autres. Et aujourd’hui, je veux vous raconter leurs histoires, pour que les victimes n’aient plus peur de parler, et que les harceleurs réalisent l’impact de leurs gestes.

Mais nous allons aussi parler de ces harceleurs silencieux, ces gens qui restent en observateur, sans jamais intervenir. Alors oui, ils ne font jamais rien : pas d’insultes, pas de coups. Mais une inaction ressenti très violemment par la victime.

La longue liste de victime

Jonathan Destin. Ce nom vous est sans doute familier. Et pour cause. A l’âge de 16 ans, il a décidé de s’immoler par le feu, à cause du harcèlement quotidien dont il était la victime. Cet acte, il l’a commis quand devant son lycée, ses harceleurs lui ont réclamé 100€. Il s’était alors recouvert d’alcool à brûler, avant d’y mettre le feu. De cet expérience, il en a écrit un livre : « Condamné à me tuer ». Aujourd’hui âgé de 24 ans, il continue de se reconstruire, gardant pour la vie les stigmates du feu. Son histoire a été extrêmement médiatisé, à tel point que TF1 a diffusé un téléfilm inspiré de son histoire. Il dirige également une association d’aide aux victimes de harcèlement décriant aussi au passage le nombre de demande d’aide qu’il reçoit : « Je pensais pas qu’il y en avait autant. Quand je me faisais harceler, j’étais dans mon monde. Pour moi l’école c’était pas pour apprendre, c’était juste le harcèlement. » expliquait-il à France 3 en 2015. Il n’a jamais porté plainte, bien qu’il puisse encore le faire. Par peur. Il ne peut aujourd’hui qu’espérer que ces harceleurs regrettent leur geste. Maintenant il ne souhaite que se reconstruire.

Amanda Todd. Encore un nom très populaire, de par sa vidéo sur Youtube, où elle racontait son calvaire. Contrairement à Jonathan, Amanda s’est suicidé le 10 octobre 2012. Cette jeune canadienne a préféré mettre fin à ses jours plutôt que de devoir encore subir le harcèlement dont elle était victime. Ses soucis démarre en 2009, quand elle est dans l’équivalent canadien de la 5ème. Elle surf sur internet, notamment sur un site de chat via webcam, pour rencontrer de nouvelles personnes. L’enfant qu’elle était n’a pas réalisé la gravité des choses quand un autre chatteur lui a demandé de montrer sa poitrine. Ce même internaute lui a ensuite demandé de faire un « show » ce qu’elle refusa. Lui la menaça de mettre en ligne l’image de ses seins, ce qu’il fera par la suite. Il récoltera ensuite de nombreuses informations sur Amanda comme le nom de ses amis, de sa famille. Il diffusera la photo à tout les proches de la jeune fille, amis comme famille, plongeant au passage l’adolescente dans un cercle vicieux composé de crises de paniques, de dépression, puis de soucis d’addictions. Sa famille a même dû déménager, mais continuellement, la photo ressurgissait. Son harceleur continue de la harceler encore et encore, créant même une page Facebook avec la photo en photo de profil. Un garçon de son école avec qui elle était sortie ne lui avait pas non plus dit qu’il était en couple, provoquant une violence inouïe envers Amanda, alors jetée et frappée au sol en sortant de cours. Dans la vidéo où elle explique sa descente aux enfers avec des feuilles de papiers, elle raconte ses angoisses, ses scarifications, sa tentative de suicide. Vu par quelques milliers d’internautes, un mois plus tard, Amanda se suicide et son histoire fait le buzz. La famille a par la suite reçu de nombreux messages de soutiens, des dons, … L’émotion sera tellement importante dans son pays, le Canada, que la chef du gouvernement Christy Clark, envisage de rajouter la cyber-intimidation à la liste des délits. L’affaire ne s’arrêtera pas là, puisque le groupe de hackers Anonymous déjà très connu pour leur lutte contre la pédopornographie, décident de se lancer à la recherche de la personne qui a harcelé Amanda Todd. Ils délivrent le nom et l’adresse de l’homme, âgé de 32 ans vivant dans la même région qu’elle. Cet homme fréquentait des sites pédopornographiques et avait publié une vidéo d’Amanda sur son site. Mais ce suspect qui a avoué connaître la jeune fille a démenti toutes accusations, se disant être son ami. Il a également livré le nom d’un autre homme, le décrivant comme le réel coupable. En 2017, Aydin C., un néerlandais, a été reconnu coupable de la cyberintimidation de dizaines de jeunes filles et d’homosexuels à l’aide de webcam. Il a été condamné dans son pays d’origine à 11 ans de prison, peine la plus lourde possible au vu des lois, jugeant son comportement comme « stupéfiant ». Il usait de multiples identités en ligne pour se présenter comme un jeune homme. Son mode de fonctionnement était le même à chaque fois. Un procès distinct attend donc Aydin C. au Canada, pour l’affaire Amanda Todd. Il y est accusé d’extorsion, de possession de pornographie juvénile et de tentative de leurre d’enfant en ligne. Les Pays Bas ont autorisé l’extradition du prévenu au Canada, mais ce dernier a fait appel.

Émilie se suicide le 19 décembre 2015, après deux ans et demi d’horreur. Coups, insultes, moqueries et ce sans aucunes interventions de ses professeurs. Sur son ordinateur, elle raconte son calvaire. « J’avançais dans la cour en direction du rang 5ème2. Je sentais sur moi les regards des autres. Je voyais leurs sourires quand ils me scrutaient, je sentais leurs yeux se poser sur mes vieilles baskets, mon jean effiloché, mon pull à col roulé et mon sac à dos. J’entendis quelques ‘clocharde !’, mais je n’y prêtai pas attention. Je me mis en retrait, comme d’habitude, le plus loin possible des autres. Dix mètres de cour, 156 marches et un couloir nous séparaient de la salle de classe. Ce trajet était pour moi comme le parcours du combattant. Esquiver les coups, les croches-pieds et les crachats. Fermer ses oreilles aux insultes et moqueries. Surveiller son sac et ses cheveux. Retenir ses larmes. Encore et encore. Pendant ces infinies minutes. L’habitude fit que j’arrivai indemne. Je pris ma place, devant, à gauche, seule, avec un périmètre de sièges vides me séparant des autres. ‘Hé ! Tu sais quoi ?’ s’exclama un gars suffisamment fort pour que toute la classe l’entende sauf le prof. ‘Il paraît qu’ils vont décerner un prix aux intellotes les plus moches de chaque pays.’ ‘Ah ouais ?’ pouffa son voisin. ‘Je te parie qu’on a la gagnante dans la classe !’. ‘Mais tu sais que ça aurait vraiment pu ! Malheureusement, seules les filles peuvent participer ! Pas la chose qu’on a là-bas …’. La classe explosa de rire. Voyant que je ne réagissais pas, il m’envoya son équerre dans la tête. » Ce récit, c’est celui qu’elle raconte 6 mois avant de mettre fin à ses jours. Elle est âgé de 16 ans, et rend à l’écrit tout ce qu’elle a subit dans son collège lillois qu’elle a quitté depuis deux ans. Elle y racontait le détail des persécutions dont elle était victime de façon quotidienne, la cruauté des autres élèves, la lâcheté des adultes. Mais ses parents ne découvriront l’ampleur de ses souffrances qu’après son décès. En effet, Émilie avait écrit ‘J’avais décidé de ne rien dire à personne de l’enfer que je vivais au collège […] Déjà, je ne voulais pas que mes parents sachent à quel point j’étais pitoyable […] et pensent avoir donné naissance à une pure sous-merde. Ensuite, je ne voulais pas qu’ils s’inquiètent. Et, enfin, je savais qu’ils iraient voir le principal pour lui dire et je savais que ça ne ferait qu’empirer la situation.’ Première de sa classe sans vraiment vouloir l’être, Émilie est hypersensible et altruiste. Aucun soucis à l’horizon donc, jusqu’à son entrée en cinquième d’après ses parents qui avaient décidé de l’envoyer dans un établissement catholique privé pensant, à tort, lui donner la meilleure éducation possible, tant au sens de l’apprentissage que du respect humain. ‘Rarement un choix aussi catastrophique a été fait pour ce qui semblait de bonnes raisons’ raconte son père, Ian Monk, un poète et traducteur anglais. Le look de la jeune fille, à la baba cool, ses notes et son manque d’intérêt pour les garçons lui donne d’office son titre de souffre douleur. ‘La meuf qui ne sait ni s’habiller ni se coiffer’ comme la décider une élève de sa classe, se retrouvent régulièrement avec des chewing-gums dans les cheveux, bloquée dans les couloirs pour recevoir des mouchoirs usagés dans la tête. On lui coupe les bretelles de son sac, lui ordonnant au passage d’avoir des résultats médiocres si elle veut être intégrer au groupe. Ses récréations, elle les passait dans les toilettes, ‘le seul endroit dans ce foutu collège où j’étais sûre d’être tranquille. Ne serais-ce qu’épargner quinze minutes de supplice à ma journée ferait qu’elle serait moins insupportable. Malheureusement, ce moment de paix ne durait qu’un trop court moment’. La cantine, elle y mange seule. Ensuite, elle file au 4ème étage d’un bâtiment de cours, se demandant ‘ce qu’ils pouvaient bien avoir de plus’. Elle se répétait qu’elle avait déjà ‘fait la moitié de la journée, plus que l’autre’. Mais aussitôt, une autre pensée arrivait : ‘et demain, faudra tout recommencer’. En haut de ce bâtiment, elle se réfugie dans ses livres, ses ‘seuls amis’ : ‘une heure dans un univers fantastique, c’était plutôt chouette’. Sauf quand 6 élèves venaient la faire courir pour jeter ses livres dans l’escalier. Ses parents ont essayé de faire de leur mieux, malgré le peu de fait rapporté par l’adolescente. D’après eux, pour le directeur, ‘Seule la bonne réputation du collège semblait avoir de l’importance’. En avril 2013, elle est incapable de se rendre en cours, sous les coups d’une crise de panique. Elle n’y retournera plus et finira sa troisième par correspondance. Elle entamera une scolarité dans deux lycées, développera une phobie scolaire et une dépression. Antidépresseurs, anxiolytiques, séjours en clinique, en hôpital psychiatrique. Elle explore le bouddhisme. Parfois, elle revient à la vie : comme ce 19 décembre 2015. Elle est euphorique, elle qui n’a jamais aimé Noël, elle demande à installer des décorations. Le soir, elle rentre dîner chez son père, radieuse, s’amusant ‘à essayer des robes pour le réveillon’. ‘Elle m’a serré dans ses bras et m’a dit : Je t’aime, papa’. Puis Émilie est parti dans sa chambre, les écouteurs sur ses oreilles, elle est sorti sur le balcon pour fumer une cigarette et elle s’est jeté dans le vide. Après un coma d’un mois, elle décède le 22 janvier 2016 à l’âge de 17 ans. Ses parents, suite à la découverte de ses textes, porteront plainte contre l’établissement scolaire. Vincent Fleter, directeur de l’établissement au moment de la plainte, réfute les accusations : ‘Je n’étais pas présent au moment de la scolarité de cette enfant, mais j’ai mené mon enquête auprès des professeurs et d’anciens élèves sont venues me voir. Selon eux, Émilie était recluse et triste. Mais aucun n’a été témoin de violences verbales ou physiques’. Guy-Michel Mahieu, directeur au moment des faits, donne le même ton : ‘Je suis effondré par cette affaire. Il est dramatique qu’Émilie n’ait pas trouvé un adulte pour se confier.’. Une instruction a alors été mise en place pour non-assistance à personne en danger et violences mortelles. Depuis mai 2016, le diocèse de Lille a également mis en place une commission contre le harcèlement scolaire. La médiatisation de ces faits a poussé les autres enfants victimes à en parler. Virginie, la maman d’Émilie, a eu de nombreux témoignages racontant les menaces, les insultes, les humiliations, et parfois même la complicité de certains professeurs. Un livre a également été publié, ayant pour préface une phrase de l’adolescente présente dans son journal inachevé : ‘A ceux qui subissent la vie. A tous ceux qui luttent. Restez forts. Battez-vous. On finit par s’en sortir.’. Les droits d’auteur seront eux reversés à l’association Les Parents qui lutte contre le harcèlement scolaire, et à L214, une association qui tenait à cœur à Émilie.

  • Christopher Fallais, décédé le 16 avril 2017, à l’âge de 16 ans. S’est pendu.
  • Thomas Torrente, à quitter le système scolaire trop tôt. A créer une application en service civique pour lutter contre le harcèlement scolaire : Hélé.
  • Madison Wintgens, décédée en février 2016, à l’âge de 14 ans. S’est pendue dans sa cage d’escalier.
  • Diego Gonzalès, décédé le 14 février 2015, à l’âge de 11 ans. S’est jeté du balcon de chez lui, au 5ème étage.
  • Marion Fraisse, décédée le 13 février 2013, à l’âge de 13 ans. S’est pendue avec un foulard.
  • Pauline Fourment, décédée le 2 janvier 2012, à l’âge de 12 ans. S’est tuée au fusil de chasse.
  • Matteo Bruno, décédé le février 2013, à l’âge de 13 ans. S’est pendu.
  • Evaëlle, décédé le 21 juin 2019, à l’âge de 11 ans. S’est pendue.

Des personnes célèbres ont également été victimes de harcèlement scolaire comme Mika : « Ils m’appelaient le Libanais, le pédé » . Il a également été victime d’insultes et de jets de canettes et de cailloux qu’il « prenait dans la tête« . « J’aimerais bien dire que je n’ai pas de cicatrices de cette période de ma vie mais ça serait un mensonge. Bien sûr j’en ai« . Marie Lopez, alias EnjoyPhoenix en a aussi subis les revers : « Aujourd’hui, les harceleurs vous poursuivent jusque chez vous, après les cours, dans votre lit, dans la salle de bain, jusqu’au déjeuner familial du dimanche. On vous appelle pour vous insulter, vous traiter, au mieux, de ‘connasse’. Facebook est rempli d’horreurs, ça tweete, ça buzze, ça peut tuer si on n’a pas une famille qui vous rattrape quand vous tombez. ». Chimène Badi également : « Quand j’étais à l’école, j’étais harcelée, j’avais peur, je me sentais seule. J’aurais voulu qu’on prenne ma défense. ». « Victimes, témoins, équipe éducative, parents, on peut tous agir contre le harcèlement.« . Eminem en est même tombé dans le coma en 1981 suite à une nouvelle altercation avec Bailey et sa bande, tous plus âgés que lui. Sa mère avait essayé de poursuivre l’établissement en justice, mais l’affaire sera classée sans suite. Lui, il se vengera plusieurs années plus tard, en chanson, avec un couplet entièrement dédié à son agresseur. « Il y avait un club anti-Miley », conte Miley Cyrus : elle s’est même retrouvée coincée pendant 30 minutes dans les toilettes avant d’être secouru. On lui a beaucoup renvoyé dans le crâne la carrière de son père, lui disant que comme lui, elle ne ferait jamais rien de bien. Justin Timberlake quant à lui, a été traité de chochotte car il aimait la musique et les arts. Rihanna a été insulté et harcelé pour sa couleur de peau. Comme quoi personne n’est épargné.

Mais il peut être difficile de s’identifier à ces stars médiatisées, ou à ses affaires devenues relativement connus. C’est pourquoi je suis allée à la recherche de l’expérience de gens comme vous et moi, élèves comme personnels scolaires.

Témoignage n°1

« En 4ème, mon ancienne meilleure amie a mis toute la classe contre moi sans aucune raison mise à part le fait qu’on était plus amis. Je me suis retrouvée toute seule du jour au lendemain. Tout le monde se moquait de moi. Qui plus est, je commençais à avoir de l’acné assez sévère, donc tout le monde rigolait de moi. C’était vraiment une période difficile. Je pleurais souvent, j’avais aucune confiance en moi. Je faisais tout pour être aimer mais ça ne marchait pas. Au final, tout s’est calmé quand la fille dont je parlais au début a décidé de me reparler.

Une fois j’étais dans le bus. Deux garçons m’ont regardés et m’ont demandés  » t’as eux quoi comme accident ? « . J’ai pas compris donc j’ai dis « comment ça ? ». Et ils m’ont dit  » ah t’es née comme ça  » et ils étaient morts de rire, je me suis senti tellement mal.

Plusieurs fois on m’a dit que j’étais trop maquillée. Des gens se permettaient même de mettre les doigts sur mon visage et regardaient si ils avaient du fond de teint sur le doigt, pour montrer à tout le monde (j’étais dans une période où j’avais beaucoup d’acné. je galérais déjà à la cacher mais là c’était vraiment horrible.) Plusieurs fois on m’a traité de planche à pain aussi, fin pleins de trucs du style. Heureusement maintenant j’en ai plus rien à foutre des gens, mais au collège et même au lycée ça peut vraiment détruire. »


Témoignage n°2

« J’avais 7 ans et je rentrais au CP. J’habitais en région parisienne. Un groupe de 15 enfants m’avaient pris en grippe et à chaque récréation et le midi ils se jetaient sur moi pour me frapper, m’humilier et j’en passe. Pour l’anecdote, un enfant m’a roulé dessus en trottinette et ma maîtresse rigolait. Pendant les cours, la maîtresse me tirait par les cheveux etc. Alors je m’était renfermer sur moi et une maman est allée voir mes parents et leur a tout raconté. Et là les démarches se sont mises en route. J’ai changé de région et ça a recommencé. J’ai été trop mal à l’aise pendant des années, je ne parlais plus, je ne jouait plus. Arrivée au collège tout est allée mieux, je me suis sentie beaucoup mieux. Je me suis ouverte aux gens et au monde. « 


Témoignage n°3

« A l’âge de 6ans, j’ai subi beaucoup de moqueries. J’étais en CP et mes professeurs n’ont pas aidé non plus. On m’humiliait. Un garçon avait même trouvé une petite « chanson » bien désagréable. C’est là qu’a commencé les pires années de ma vie. L’année suivante, la classe était la même, donc les problèmes pareils. Je n’avais qu’une seule amie. En deux ans, j’ai développé un problème de santé qui me dérange encore maintenant, 14 ans plus tard. Après ces deux années de moqueries, ma famille a déménagé, je suis donc arrivée dans une école où j’aurais pu redémarrer une enfance calme. Sauf que j’étais blessée intérieurement et les psys ainsi que les médecins ne trouvaient pas ce que j’avais. J’étais renfermée, timide et très mal à l’aise avec autres. J’ai quand même trouver un professeur qui m’a un peu aidé et soutenue et je ne l’en remercierais jamais assez. Après cela, je suis rentrée au collège.

Un nouveau départ ? Non. Mes problèmes de santé toujours présents, certaines personnes m’ont prises comme souffre douleur. Quatre années avec la même classe, vu qu’on était la classe d’allemand de l’établissement. J’ai appris quelque chose là-bas : les adultes ne s’intéressent pas aux personnes à petit problèmes comme moi. J’ai arrêté de me plaindre et j’ai encaissé. Le lycée ne fut pas fameux non plus : après toutes ces années à être timide et renfermée, il est difficile d’exprimer qui on est. On était une classe problématique aussi : l’ambiance était aux bavardages pour la plupart. Un jour, j’en ai eu marre de toutes ces années à me taire et j’ai hurlé. Manque de chance, le sous-directeur était là.


J’ai eu mon diplôme et j’ai dis adieux à ces années d’humiliations. En 3 ans sans humiliations, je me suis réaffirmée, je suis beaucoup moins timide et j’arrive enfin à assumer qui je suis. »


Témoignage n°4

« Jusqu’au collège, globalement, tout allais bien. Mais arrivée en sixième, les ennuies ont commencé. Coups de poing dans le vente à ne plus pouvoir respirer, bousculade dans les escaliers, les boucles de mon sac coupées … Je n’avais rien demandé, j’avais juste un look atypique, et je restais souvent dans mon coin avec mes amis pour écouter de la musique, lire, rigoler. Vers le mois de février, un mec qui était avec moi en primaire arriva dans mon collège, les ennuies avec. J’ai dû changer d’établissement à deux mois de la fin des cours, pas vraiment le meilleur moyen de s’intégrer dans sa classe … Globalement, la fin d’année s’est passé à peu près sans encombres. Mais en cinquième, j’étais devenue déprimée, sombre : j’avais perdu mes grand-pères avant mon entrée en sixième, et j’avais beaucoup de mal à faire le deuil. D’autres élèves s’en sont donné à coeur joie, en me coinçant dans les toilettes, en me frappant, en me volant des affaires. Des photos ont circulé, peu avantageuse, sur des groupes Facebook à mon nom. Insultes, crachats, chewing-gum dans les cheveux ou colle, … On a même déjà été obligé de descendre du bus avec une amie pour échapper à nos harceleurs, nous condamnant à faire 1h30 de marche pour attraper le prochain bus pour chez nous, nous obligeant au passage à prendre une bretelle de sortie de la voix rapide. Mais dans ce nouveau collège, j’ai aussi rencontré celles qui plus tard deviendront mes demoiselles d’honneurs. En attendant, ce collège n’est que souffrance et douleur, manipulation et filouteries. La quatrième ne va pas se passer mieux : même le personnel scolaire ne me soutient pas. La CPE m’a même balancé une phrase que je n’oublierai jamais : « Ton père est handicapé physique, d’accord. Mais il est pas handicapé mental aussi ? ». Par la suite, elle interdira à mon père de venir me chercher, car il faisait peur aux autres parents d’élèves (vous comprenez, quelqu’un qui marche avec une canne et qui a du mal à parler …). D’ailleurs, en parlant de parents, leur soutien était quasi inexistant. Mise à part le changement de collège suite à l’expérience avec la CPE, ils n’ont jamais compris l’ampleur des dégâts. Et quand je leur en parlais, pour eux, c’était des enfantillages. La phobie scolaire ? Une maladie psychique pour eux. Voilà ce que j’étais à leurs yeux : une malade, une tarée. La seule chose qui me faisait tenir, c’est ce garçon que j’ai rencontré entre ma sixième et ma cinquième : il deviendra, quasiment 10 ans plus tard, un de mes témoins. Je me rappelle aussi d’une mauvaise expérience dans ce collège de campagne : il s’y déroulait une fête de la musique, tous les ans. Cette année là, on avait décidé de participer avec une « amie » sur « J’ai demandé à la lune ». Mais celle qui chantait avec moi s’est trompée dans les paroles et plutôt que de faire comme si de rien était, ou au moins d’assumer, elle a rejeté la faute sur moi. Résultat ? 400 élèves nous huait, toute les deux, et comme d’habitude, j’en ai pris plein la tête : on m’a même balancé des sacs de cours (pesant en moyenne 10kg) … Je me suis enfuie du collège en courant, poussant ceux qui se mettait en travers de mon chemin. Je suis allée me réfugier dans la bibliothèque de la ville. Arrivée en troisième, j’arrive dans un collège privé, où je commence à penser que mon calvaire va s’arrêter. Mais j’étais naïve. Les élèves se connaissent entre eux, et beaucoup avait eu vent de ce qui était arrivé dans mon précédent collège. Résultat, je me suis fais massacrée une fois de plus. A la fin de l’année scolaire, presque arriver au brevet, je suis sur le quai de la gare routière avec une amie, pour attendre mon bus. Mais cette fois ci, ce ne sont pas des élèves de mon collège qui vont venir me chercher des ennuies. Je vais me faire tabasser au point d’en tomber dans les pommes, devant une flopée d’adulte qui auraient pu intervenir face à deux gamines de 14 ans. Mais non. Ma pote a réussi à s’enfuir pour aller chercher un vigile de la gare, et les adolescentes qui me tapaient se sont échappées. Mais par chance, la police faisait beaucoup de ronde dans ce quartier, et le vigile les avait prévenu : elles seront attrapés, nos parents convoqués immédiatement au commisariat mais celle qui avait provoqué les hostilités ne finira qu’avec un pauvre petit rappel à la loi. Je ne finirai pas l’année scolaire, et j’aurais mon brevet en dormant la moitié des épreuves. Mais la directrice ayant jugé que je n’aurais jamais mon brevet, me fait redoubler ( et ce malgré le fait que mon futur lycée m’est accepté ). J’en étais bonne pour une année de calvaire de plus. Mais dans l’autre collège appartenant au même groupe. Rebelotte. Une année horrible, avec à peu près la même histoire qu’Emilie Monk. Je ne finirai pas l’année scolaire, mais cette fois ci, je suis acceptée au lycée. Enfin un nouveau départ ? Mouais … Bof. Même si mon petit ami (aujourd’hui devenue mon mari) me soutenait et m’avait éviter des ennuies durant l’année scolaire précédente, l’éloignement avec lui était très dur. Quant à l’internat c’était vol, insultes, moqueries, … Pas bien mieux. Finalement, ça ne s’est réellement tassé qu’en première, sans doute parce qu’on était dans un lycée avec beaucoup d’élèves, qui du coup se souciaient moins de faire chier les autres … Quoi qu’il en soit, aujourd’hui j’en garde de nombreux stigmates : je suis devenue agoraphobe, je ne veux plus jamais refoutre les pieds à l’école, je ne peux pas travailler, je fais des crises d’angoisses, de tétanie. Cette période aura été une des plus sombres de ma vie. »



Témoignage n°5

« Le harcèlement scolaire est un phénomène qui prend une ampleur assez importante. Aujourd’hui, 10% de nos jeunes se font harceler, soit dans les murs de l’établissement et/ou soit à travers les réseaux sociaux, qu’on peut qualifier de cyber-harcèlement.

En travaillant dans un collège, en tant qu’assistante d’éducation, j’observe de nombreuses situations.

1ère observation : Certains élèves ne portent pas toujours des vêtements de marque, ils sont la risée de la classe ou du collège. J’ai déjà entendu dire de la part des élèves « t’es qu’un looseur, tes parents t’ont fait naître dans une poubelle »… La portée de leurs mots est très violente et peut conduire à des sentiments de mal-être, d’isolement, de se positionner souvent en tant que victime…

2ème observation : Une élève de quatrième a envoyé des photos d’elle nue à un camarade de classe. Elle voulait l’envoyer à son copain mais s’est « trompée » de numéro de téléphone. Vous imaginez bien qu’au collège, les photos envoyées ont fait le tour du collège. Plusieurs élèves l’ont traitée de « pute », de « salope ». L’élève en question qui a envoyé les photos à son camarade s’est absentée quelques jours, pour ne pas subir les brimades de ses camarades. Elle a fait une tentative de suicide en ingurgitant plusieurs médicaments. Plusieurs échanges entre l’élève, ses camarades, la CPE et la direction ont eu lieu pour réfléchir à leurs actes et aux conséquences que cela engendre. L’infirmière est intervenue aussi.

3ème observation : Un élève de quatrième taquinait un élève de sixième. Ce dernier, visiblement un peu énervé, est allé à la rencontre de son frère (qui se trouve en troisième) pour lui asséner des coups. Il l’a fait. La victime s’est retrouvée au sol, avec des coups portés au visage. Il avait un petit coquard…  Heureusement, le surveillant était là et a pu séparer les deux élèves, avant que cela ne dégénère. Ils ont été emmenés chez la Principale qui les a pris en charge. La Direction a pris la décision de faire un conseil de discipline pour l’élève violent.

Le harcèlement scolaire tue. Il faut réagir sur chaque situation. Chaque adulte de l’établissement a un rôle à jouer dans le domaine du harcèlement. Il ne faut pas travailler seul mais en lien constant avec l’infirmière, les CPE, la direction, les enseignants. Malheureusement, tout personnel n’est pas assez formé dans la lutte contre le harcèlement scolaire. Il y a des suicides chaque année… Les parents doivent aussi alerter quand leur enfant a « la boule au ventre » d’aller à l’école, a des maux de tête, ne se sent pas bien…. Quand le harcèlement scolaire va s’arrêter ? »



Aujourd’hui, comme dis de nombreuses fois ici, le harcèlement, l’intimidation scolaire et le cyber-harcèlement tue, bousilles des vies, des avenirs. Il est important d’agir. Le hashtag #NonauHarcèlement a vu le jour pour dénoncer ces pratiques. Il ne doit plus y avoir d’Emilie, de Marion Fraisse, de Jonathan Destin, d’Evaëlle, de Diego … Il y a encore quelque jours, un autre élève a été victime d’humiliation en Corse, se retrouvant avec une photo de lui en train d’uriner sur le net, publié par des camarades de classes … Se rendent-ils comptent des conséquences de leurs actes ? A Toulouse, en cette rentrée 2019, une adolescente de 14 ans a été passé à tabac, filmée, et diffusée sur Internet devant son établissement scolaire, sauvé in extremis par une femme enceinte.

D’autres initiatives sont heureusement en place, bien qu’elles ne compensent pas le mal fait … Comme un centre de formation autour du harcèlement scolaire à Lyon, qui a vu le jour grâce à l’association Hugo, elle même crée par une ancienne victime.

Aujourd’hui, je vais vous demander une chose, une seule. C’est d’aller voir les vidéos Youtube suivantes :

https://www.youtube.com/watch?v=Jq5DFJ-KoRg : Scari Ogi
https://www.youtube.com/watch?v=EOtA0L10JmM : Jade
https://www.youtube.com/watch?v=cwQdT7zV-lg : Marion

Et fouillez un peu, vous en trouverez bien d’autres malheureusement. Ce n’est pas normal.

STOP AU HARCÈLEMENT !

Ici, vous trouverez plusieurs liens vous redirigeant vers les différentes initiatives mises en place, les associations, les ouvrages, l’Unicef, mais aussi les peines encourues.

https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/que-faire/le-harcelement-cest-quoi/

https://www.unicef.fr/sites/default/files/userfiles/06_HARCELEMENT_SCOLAIRE_EN_FRANCE.pdf

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F31985

https://livre.fnac.com/a7634007/Jonathan-Destin-Condamne-a-me-tuer

https://livre.fnac.com/a10294169/Emilie-Monk-Rester-fort

http://kangae.fr/interview/en-service-civique-thomas-cree-la-premiere-appli-mobile-destinee-vaincre-le-harcelement

http://www.marionlamaintendue.com/

https://www.asso-hugo.fr/

https://www.education.gouv.fr/cid122362/non-au-harcelement-le-harcelement-pour-l-arreter-il-faut-en-parler.html

*L’image d’illustration est issu d’un article sur le livre Esmantium, de Tiphaine Lever.

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